lundi 11 février 2013

Qui veut des lasagnes ? Vous reprendrez bien un peu de cheval ? Les faits et la fable.


Un peu d'histoire
Il y a quelques années, je m’interrogeais dans les colonnes du Reader’s Digest sur le contenu de nos assiettes. Initialement publié dans l’édition française du magazine, cet article a été largement repris, de l’Espagne au Brésil et même carrément pompé sur des blogs peu scrupuleux. N’en déplaise à ma pomme d’auteur, le succès de ce papier est largement attribuable à la multiplication des scandales alimentaires et aux inquiétudes qu’ils suscitent. Le dernier en date, celui du cheval roumain dans les lasagnes anglo-franco-suèdoises, achève de discréditer les filières industrielles mais aussi les agences de santé supposées nous protéger.
A l’heure où j’écris ces lignes (autour de 10h00 le 11 février 2013) les responsabilités ne sont pas établies, chacun se renvoyant allègrement la barquette brulante. Mais certains faits sont déjà avérés et particulièrement préoccupants.

Du burger pour tous les goûts
Le lièvre a été levé (tout un bestiaire en fait) par l’agence sanitaire irlandaise qui a publié en janvier les résultats d’une vaste opération de contrôle d’hamburgers surgelés.  Sur 27 hamburgers testés 10 contenaient de l’ADN de cheval et 23 de l’ADN de porc (resultats détaillés ici).
L’occasion d’apprendre au passage, avec la BBC, qu’en Angleterre, selon les normes de la FSA (Food Standard Agency)  un hamburger premier prix est digne de ce nom s’il estconstitué, pour moitié, de viande ! L’autre moitié est laissée à l’appréciation du fabricant…

Lasagnes recherchent paternité
Mais revenons à nos lasagnes. C’est le groupe suédois Findus lui-même qui a alerté les autorités sanitaires (FSA again) britanniques après avoir effectué des tests révélant que certaines de ses lasagnes bolognaises au bœuf contenaient 100% de cheval. Ces tests ADN à en croire la direction de Findus France auraient été inopinés. Le rapprochement avec les hamburgers irlandais n’engage que moi et ma malveillance soupçonneuse. Il s’agit d’une coïncidence… Même si les tests ADN sont un peu chers, on ne voit pas pourquoi un groupe alimentaire s’en priverait pour savoir ce qu’il met lui-même dans ses propres préparations. On n’est jamais trop prudent…

Une enquête vite bouclée
La recherche des responsabilités fait émerger la filière.  On y trouve un industriel qui assure qu’ « aucune transformation n’a été faite sur les produits vendus à son client » alors que c’est précisément son métier.  On redécouvre le merveilleux système des marques blanches qui permet de vendre la même chose diversement emballée et à des prix différents.
Mais surtout on apprend de la bouche de notre ministre de la consommation l’implication de deux traders, l’un chypriote, l’autre hollandais. Qui sont tous ces intermédiaires qui se contentent d'acheter ou de livrer de la viande hachée ? Comment le recours aux traders (qui cherchent le prix le plus bas) est-il compatible avec des exigences de qualité alimentaire (qui imposent justement de connaître l’origine de la viande) ?
Enfin, décidemment très informé notre ministre déclare: « cette opération relève avant tout d’une logique financière qui aurait rapporté plus de 300 k€ ».
Que les fraudeurs aient agi par appât du gain, pas besoin d’être titulaire d’une licence d’histoire de l’université de Brest pour en être convaincu. Par contre pour chiffrer le montant du butin il faut être autrement plus savant. Connaître par exemple les volumes de viande concernés, le nombre d’intermédiaires, le prix d’achat du cheval, le prix de revente du cheval vendu comme bœuf et surtout avoir identifié les responsables. Avec de tels enquêteurs à la DGCCRF, Scotland Yard n’a pas besoin de mener d’enquête!
Encore un coup des gitans
Les conclusions vont s’imposer d’elles-mêmes : les coupables sont des criminels roms, qui nous ont fait bouffer les chevaux  (et même les ânes nous apprend The Independant ) qu’ils n’avaient plus le droit d’atteler à leurs caravanes pour sillonner les routes depuis l’entrée en vigueur d’une loi roumaine interdisant la chaussée aux équidés.  Une jolie fable qui permet surtout de ne pas pointer les manquements des multiples agences supposées nous protéger et garantir la traçabilité de notre alimentation.
Au fait, les porcs des burgers irlandais, ils viennent aussi d’un campement gitan ? On veut vraiment nous faire avaler n'importe quoi... 

4 commentaires:

  1. cher monsieur, je pense que les traders font des chargements de viande comme ceux du marché du pétrole pour les tankers: le camion de barbaque est acheté et revendu 15 fois entre son départ de Bucarest et son arrivée à Toulouse (ou?). A aucun moment la viande ne penetre leur domicile.
    Sinon, ça va?

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  2. Cher monsieur, je pense que vous avez absolument raison (sauf que c'est pas Toulouse mais Castelnaudary). Le souci c'est l'objectif, quand on passe par des traders, de minimiser les coûts d'achat, qui me paraît contradictoire avec celui de garantir l'origine et la traçabilité. Que les traders fassent mumuse sur les matières premières dans les salles de marché est une chose, mais qu'au passage une matière première se transforme en une autre, en est une autre justement. De chose. En fait ces traders là sont soit des alchimistes, soit des escrocs (allons allons, des complices d'escroquerie). Sinon ça va bien. Et toi ?

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  3. Le pape Benoit XVI aurait du reporter l'annonce de sa démission car ça fait un peu cheveux sur la barquette de lasagne dans l'actu du jour. Oui, ça crin comme dirait Pégase !( Remarque ça nous change un peu de ces dernières semaines où nous n'entendions parler que de mariage avec sa copine de cheval. )
    Plus sérieusement tout cela est bien affligeant mais je m'interroge tout de même de savoir ce qui est le plus pénible outre de dénoncer nos filières agro-alimentaire ubuesques : Avoir mangé ou risqué de manger de la viande chevaline (idée peu agréable mais viande tout à fait consommable) ou savoir que l'on va détruire tous ces lots de lasagnes et autres plats préparés qui auraient pu faire le bonheur de certains en difficulté ?

    Même si je te l'accorde si Findus nous sort demain des Captain Igloo à base de dauphin plutôt que de cabillaud je ferais surement la gueule...
    Si ça va...c'est bien !

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    1. Personnellement je veux bien manger du cheval. Même cru. Mais en connaissance de cause. Effectivement c'est une crise de riches.
      Vaut mieux bouffer mal que pas du tout me dis-tu en substance et tu n'as pas tort. Mais j'entends déjà les cris d'orfraie à l'idée de distribuer gratos ces lasagnes mensongères (qu'on s'enfile vraisemblablement déjà depuis belle lurette à l'insu de notre plein gré comme dit l'autre ou sa marionnette)... Et si on les réduisait en farine animale pour engraisser les poulets ?

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